Fantasmas

Casa Auguste Comte

9> 17 de marzo de 2019

París

Las puertas de una casa se abren para recibir al que llega y saludar al que se va. Esta es su doble función. Permanecen abiertos esperando al amado o cerca de él para retenerlo. Vivo o ya muerto, lo que importa es el ardor de la pasión, como fue el caso del filósofo Auguste Comte, que en los últimos diez años de su vida convirtió su casa en templo. donde aún hoy podemos sentir vibrar la llama de la pasión amorosa.

Molesto por la prematura desaparición de su musa, Madame Clotilde De Vaux, concibió en su casa una práctica de culto a la memoria. La experiencia del duelo estuvo marcada por rituales anclados en su vida cotidiana, dedicados a invocar una forma de retorno del ausente y a consolidar un vínculo indisoluble que la muerte pretendía romper. En su dedicación al Sistema de Política Positiva de 1846 escribió: "Lejos de olvidarte, debo esforzarme por asumir que estás vivo, para seguir identificándonos cada vez más". Este culto privado a la Muerte está en el origen de una reformulación de todo pensamiento filosófico positivista que se convertirá en proposición religiosa bajo el nombre de neofetichismo-positivista.

Esta casa, conservada con devoción por los discípulos del filósofo, atormentada por la presencia de la pareja Auguste y Clotilde, suscita hoy fuertes reacciones en sus visitantes.

Este lugar, convertido en una casa-museo abierta al público, suscita fuertes reacciones en sus visitantes. Este fue también el caso de Gustavo Giacosa, comisario y director independiente, especialista en arte brut, quien propuso a la Asociación Internacional Maison Auguste Comte investir este espacio con una exposición titulada “Fantasmas”.

Con la exposición “Fantasmas”, Giacosa propone abordar la temática de la casa como lugar de convocatoria de los ausentes. Sobrepobladas de gente, las casas son espacios que invitan y recogen energías. Nos lo creamos o no, estas presencias / ausencias nos esperan en los recovecos y recovecos donde el miedo ancestral, nunca superado por completo, a la oscuridad y lo desconocido nos agarra.

El proyecto asume el reto de dar vida temporalmente al mobiliario y la decoración originales de esta magnífica residencia del siglo XIX con una selección de fotografías y obras de arte contemporáneas que evocan la convivencia de muertos y vivos.

« Fantômes » :

Cette exposition collective centrée autour de la photographie présente les œuvres des artistes Carolle Benitah – Stéphane Blanquet – Marcelo Bordese – Antoine D’Agata – Jean Michel Hannecart – Edmund Kesting – Michel Nedjar – Eugene Von Bruenchenhein en même temps que des photographes anonymes du XIXe et XXe siècle.

La photographie, a toujours fasciné les artistes par sa capacité à capturer le surnaturel. Dès le XIXe siècle et l'avènement des clichés d'ectoplasmes lors de séances médiumniques, de nombreux photographes ont expérimenté de nouveaux effets tels que les images stéréoscopiques et les images en double exposition. Profitant de l’objectivité vantée par la machine, ils exploitaient ces techniques dans un but lucratif. Les avant-gardes du XXe siècle, et notamment le surréalisme récupérèrent ces trucages avec délice. Depuis, nous sommes habitués à des interventions sur la photographie qui, à l’aide des techniques les plus variées, sont au service de l’artiste et de l’exploration de ses propres zones d’ombre.

L’exposition « Fantômes » présente une sélection de clichés photographiques anonymes de la fin du XIXe et moitié du XXe siècle. Certains de ces photographes ont suivi la voie de procédés techniques comme la surexposition ou la solarisation, d’autres, celle de l’erreur et de l’imperfection technique. Tous semblent s’amuser à déplacer les perspectives en révélant ces fantômes qui demeurent de l’autre côté du miroir.

 

Si la technique photographique a évolué au fil des années, l’intérêt pour la représentation des fantômes comme manifestation de l’invisible reste le même. En sortant de la représentation littérale de l’image, la photographie contemporaine permet de raconter des histoires parallèles. Elle transcende le réel entremêlant des éléments initialement déconnectés les uns des autres comme pour les montages en clair-obscur du grand expérimentateur Edmund Kesting. Lié aux avant gardes berlinoises des années trente, son œuvre, considérée comme « art dégénéré » par le nazisme fut à nouveau interdite dans l’après-guerre par le gouvernement communiste de l’Allemagne de l’Est. Témoin des blessures de son temps, il utilise la technique de la double exposition comme une forme de critique et d’engagement social. L’exposition présente un diptyque de photographies où de fantomatiques squelettes dansent sur les ruines d’une Dresde bombardée.

Le dernier travail de l’artiste argentin Marcelo Bordese avant de suspendre ses activités artistiques pour se dédier exclusivement à la prière et la méditation, a été le détournement des photographies des ancêtres dans de vieux albums de famille. Un dernier geste avec lequel il prétendrait ruiner l’illusion de l’histoire.

Image de soi et dédoublements occupent aussi ce chasseur d’images refoulées qu’est Jean-Michel Hannecart. En 2015 il a commencé une série de tableaux sur le thème des porteurs (porteurs de mémoire, porteurs d'eau, porteurs de bonheur...). Fonctionnant en diptyque, ces (rap)porteurs sont liés par la déchirure du regard. Il ne s'agit plus d'un leurre mais d'une altérité faisant acte de révélation. Pour l’exposition, il a décidé d’utiliser cette même technique pour réaliser un hommage aux liens tissés entre Auguste Comte et Clotilde De Vaux. Par un travail de superposition la déchirure dévoile un autre visage. Pour voir les deux amants, il faut les réunir. Pourtant, à l'image de leur histoire d'amour, cette union semble impossible.

 

La photographie trouvée est aussi une source d’inspiration pour Stéphane Blanquet qui proclame : « rien de plus réjouissant que de s’amuser à essayer de nouvelles choses comme prendre une photographie et la dessiner ». C'est en suivant ce procédé qu'en 2015, il réalise une série de dessins érotiques qui sont présentés accompagnés de la photographie inspiratrice. Blanquet joue à l’occasion sur les effets fantomatiques d’un miroir déformé.

Regardant et regardé ne font qu’un dans les clichés d’Eugene Von Bruenchenhein comme les deux têtes d’un oiseau mythique. Le photographe autodidacte et sa muse se scrutent, se séduisent au cours de la séance photographique que Eugène prépare comme une cérémonie privée. Il dessine avec son appareil photo une ligne ininterrompue de tension érotique.

Magicien de l’obscur, Antoine D’Agata se plonge dans le noir pour faire apparaitre des âmes errantes aux contours flous. Il raconte que dans ses photographies « la logique des sens l'emporte sur le dogme esthétique et les arrangements tendancieux de

l'espace et du temps ». Selon lui, « la dissolution des formes érode les règles photographiques arrogantes, contamine notre compréhension de la réalité et instille la fragilité et le doute ».

Espace amputé, temps manipulé, la photographie semble être un des moyens les plus efficaces pour s’introduire dans les failles du réel. Un mensonge qui permettrait aux fantômes de revenir achever leur œuvre ou réparer leurs manquements.

Glaneur des rues du monde, Michel Nedjar est un artiste touche-à-tout qui s’exprime autant par le dessin que par la sculpture ou le cinéma expérimental. Nedjar transforme et sublime par des procédés techniques proches du chamanisme, la charge émotive de l’objet trouvé. Il compose des montages de photographies agrafées, dessinées, et cousues entre elles, travaillant l’aspect tactile de l’image photo jusqu’à montrer sa face cachée.

Carolle Benitah, elle, se plonge dans ses souvenirs d’enfance pour tisser un acte de réparation. Armée de courage et d’aiguilles, elle affronte les images d’un passé toujours conjugué au présent, sur lesquelles elle brode sa « vendetta ». Le fil perce l’image afin d’occulter, de contourner, de prolonger et de redonner vie à des épisodes d’un passé pas toujours heureux.

Les photos et la vidéo présentées par Gustavo Giacosa interrogent les deux thématiques qui émergent dans cette exposition : la maison et le couple. S’inspirant du couple mythique d’Orphée et Eurydice, le film « Ponts Suspendus », est un plan fixe d’une lente descente vers la maison d’Hadès. Les deux amants sont-ils vivants ? Sont-ils morts ? Rien ne pourra empêcher leurs fiançailles.

Les fantômes, eux, sont toujours là : ces présences étrangères nous attendent pour un face-à-face sans rendez-vous. Enrobées de lumière elles reviennent vers nous pour nous dévoiler une blessure ancienne que nous croyions pouvoir oublier. Elles ne cessent de nous rappeler que tout ce qui surgit de l’oubli, revient pour trouver une voix.